On a tous, un jour, ouvert notre ordinateur avec l'idée de faire un programme par athlète. Vingt tableurs, vingt plans. On y a cru deux semaines. Puis la réalité a repris ses droits : pas le temps, pas le staff, et un groupe qui s'entraîne ensemble, pas en individuel. On s'est alors reproché de ne pas « assez individualiser ». C'est l'inverse : on avait confondu individualiser et isoler.
Le piège du « plan sur-mesure pour chacun »
On nous a vendu l'individualisation comme un idéal : à chaque athlète son programme. Sur le papier, c'est merveilleux. Sur le terrain, c'est intenable. Vingt programmes, c'est vingt fois la charge de conception, de correction et de suivi pour un entraîneur souvent seul, parfois bénévole, qui a déjà un métier à côté. Le scénario est toujours le même : on tient trois semaines, les plans finissent par se ressembler, on lâche, et on culpabilise...
On sait tous comment ça se passe : en septembre, après des dizaines d'heures de travail, les vingt plans sont faits, sont beaux ; en octobre, on copie-colle quelques plans d'athlètes pour gagner du temps ; en novembre, le tableur n'est plus ouvert et on programme « au feeling » pour tout le monde. On a fait tout ce travail pour finir là où on aurait commencé sans rien faire. Le gâchis n'est pas dans l'effort, il est dans l'objectif qu'on s'était donnée.
Le problème n'est pas notre sérieux ou pas, c'est la définition qu'on a acceptée sans discuter. Individualiser n'a jamais voulu dire multiplier les plans. Ça veut dire ajuster le bon paramètre, pour le bon athlète, au bon moment.
Formulé comme ça, ce n'est plus infaisable : c'est une organisation qu'on peut tenir toute la saison.

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