L'anatomie et la biomécanique, ces matières qui embêtent tout le monde en formation, sont en réalité un puissant levier de terrain : c'est la conviction de Sébastien Morel, alias SBM Training. Un épisode en deux temps : ce que la connaissance du corps change concrètement dans le choix et l'adaptation des exercices, puis des conseils très francs pour les jeunes coachs qui veulent vivre de ce métier ultra concurrentiel.
L'invité
Sébastien Morel est personal trainer et préparateur physique dans un studio privé à Genève, où il entraine principalement de la population générale « comme des athlètes », et encadre des clubs de sports collectifs, surtout en football, sur le développement de la vitesse avec et sans ballon. Il est aussi formateur en anatomie, biomécanique et réathlétisation auprès de futurs coachs.
Jeune coach parti d'un abonnement en salle low cost et d'un compte Instagram, il s'est construit en travaillant « comme un fou » : des formations en continu, des thèmes séchés à fond pendant des mois (l'anatomie et la biomécanique d'abord, le sprint et le développement athlétique maintenant), et la conviction que dans un métier où l'on forme 25 000 personnes par an pour 2 000 à 4 000 postes, il faut une vraie spécialité pour sortir du lot.
Les grands thèmes abordés
- Pourquoi l'anatomie et la biomécanique sont fondamentales : mieux choisir et adapter ses exercices, cibler un tissu précis (un muscle ne réagit pas comme un tendon ou un ligament) et individualiser réellement
- Le problème de l'enseignement : des évaluations centrées sur les origines et insertions, apprises sur des cadavres alors que le corps est dynamique ; un même muscle change de fonction selon la position
- Nous sommes tous différents : longueurs de segments, angle infrasternal, bassin ; selon tes bras de levier, le squat censé développer tes quadriceps charge en réalité tes hanches, et le savoir change tout
- La détection par profils anatomiques, et pourquoi elle a toujours échoué : l'environnement, la motivation et le temps comptent plus que la morphologie ; le basket ne rend pas grand, il sélectionne les grands
- Le sport façonne les tissus : mécanorécepteurs sensibles à la pression, densité osseuse, angle de pennation ; pourquoi les astronautes ont des salles de musculation dans l'ISS, et le « trop » à surveiller chez les enfants
- La musculation n'est pas obligatoire : un sprint ou un saut en contrebas impose 2 à 4 fois plus de force qu'un back squat maximal ; les blessures naissent d'étirements rapides non maîtrisés, et le Nordic curl ne suffit pas sans la dose optimale de sprint
- Le pied, ce grand négligé : ton seul point de contact avec le sol, un tripode à 26 os et une trentaine d'articulations ; les pieds plats ne sont pas un problème tant qu'on sait sortir de la position
- L'approche par contraintes : placer le corps dans la position qu'on veut développer (talons surélevés, supports sous l'orteil) plutôt que corriger à la voix ; la méthode du « fou du village » qui se démocratise
- Amplitudes et hypertrophie : ce que disent vraiment les études sur la tension à l'étirement, l'hypertrophie régionale, et pourquoi il faut être fort dans plusieurs positions plutôt que suivre la dernière étude à la mode
- Sortir du plan sagittal : être fort dans les trois plans pour les sports multidirectionnels, les variantes unilatérales qui empêchent de tricher, et le ratio révélateur entre ton squat et ton squat bulgare
- À quoi sert vraiment le squat : un outil général (recrutement, rigidité, capacité à surmonter une charge), le repère de 1,7 fois le poids de corps, puis place à l'exploration
- Savoir régresser autant que complexifier : les continuums d'exercices, le box squat et le TRX pour mettre en confiance, et vitesse et pliométrie pour tout le monde, y compris après 50 ans
- Jeune coach : choisir une spécialité et la sécher à fond, travailler gratuitement pour se faire voir, être en permanence dans la salle en train de coacher, et apprendre à vendre, la compétence que personne n'enseigne
Lexique
- Biomécanique : l'étude des forces et des mouvements appliqués au corps. Vivante, elle dépasse les origines et insertions apprises par cœur : les fonctions changent avec les positions.
- Plans de mouvement : sagittal (avant-arrière), frontal (gauche-droite) et transversal (rotations). L'entrainement classique sur-représente le sagittal alors que le sport se joue dans les trois.
- Bras de levier : la distance entre la charge et l'articulation qui travaille. Selon la longueur de tes segments, le même squat ne charge pas les mêmes articulations d'une personne à l'autre.
- Angle infrasternal : l'angle d'ouverture des côtes sous le sternum, différent chez chacun : un des marqueurs morphologiques qui orientent le choix et l'adaptation des exercices.
- Mécanorécepteur : capteur cellulaire sensible aux variations de pression : c'est lui qui déclenche l'adaptation des tissus (os, tendons, muscles) aux forces qu'on leur applique.
- Approche par contraintes : installer une contrainte matérielle (support, surélévation, position) qui force le corps à trouver le mouvement recherché, au lieu de le corriger verbalement.
- Tripode du pied : les trois points d'appui du pied : base du gros orteil, base du petit orteil, talon. S'il en manque un debout ou en marchant, toute la chaîne au-dessus compense.
- Continuum : la gamme de progressions et de régressions d'un même pattern de mouvement. Tout le monde sait complexifier ; les bons coachs savent aussi régresser.
- Hypertrophie régionale : un exercice ne développe pas un muscle uniformément : selon le profil de résistance, certaines portions grossissent plus que d'autres. Une raison de varier les positions.