Personne n'attendait l'équipe de France masculine de basket 3x3 à Paris, et elle est repartie avec l'argent olympique. Son sélectionneur Karim Souchu raconte la construction de ce collectif de quatre joueurs qui jouent tous, où le coach regarde les matchs depuis les tribunes : un épisode qui rappelle que les choses simples, du team building dans une bergerie au plaisir de jouer, fonctionnent souvent mieux que les usines à gaz.
L'invité
Karim Souchu, 47 ans, est le sélectionneur et entraineur de l'équipe de France masculine de basket 3x3. Ancien joueur professionnel de basket à 5, international dans les deux formats, il a basculé vers l'entrainement par envie de transmettre, naturellement, en « tuant le joueur » qui restait en lui. En 2022, il crée la première équipe professionnelle française de 3x3, fondations du projet olympique, avant de mener les Bleus jusqu'à la finale des Jeux de Paris 2024.
Vice-champion olympique, il repart pour une Olympiade avec un objectif assumé : retourner aux Jeux à Los Angeles, ses troisièmes, et aller chercher la médaille d'une autre couleur. Il est accompagné dans son développement par le plan coach de l'Agence nationale du Sport, et écrit un livre sur le 3x3.
Les grands thèmes abordés
- Une finale perdue reste une défaite : deuxième, tu finis sur une défaite ; troisième, tu finis sur une victoire. Le « qu'est-ce que j'ai manqué ? » assis sur le banc juste après, et ce goût amer qui donne envie de continuer
- La force de Paris : la solidarité et un plan de jeu tenu coûte que coûte, même en perdant quatre matchs de suite d'un point. Le critère de sélection : des joueurs capables de ne pas tirer la couverture à eux
- Vivre ses Jeux au lieu de les subir : les parties de casse-planche quotidiennes avec le staff à la maison de la Performance, devenues une légende de l'ANS
- Le team building fondateur : un gîte en forêt de Compiègne puis une bergerie en Ardèche, tentes à monter, téléphones confisqués, œufs à aller chercher pour le petit-déjeuner, système de points à garder ou partager, et des brebis à attraper
- Le 3x3, « du basket autrement » : les mêmes fondamentaux que le 5x5 mais punitifs et exposants ; pourquoi certains joueurs du 5 évitent le 3x3, et le profil idéal (polyvalence, dureté, équipes homogènes autour de 2 mètres)
- Sélectionneur de 3x3, une école de la vie : à la fois coach, manager, président, nounou et logisticien ; pendant les matchs, le coach est en tribunes et communique par signes
- Apprendre à trancher : les trois statuts de la préparation olympique (olympien, remplaçant, sparring), l'annonce des listes à 10 joueurs pour 4 places, et l'art de garder connectés ceux qu'on coupe
- Le coach de coach : accepter d'être challengé par un regard extérieur, apprendre à faire passer des messages courts, co-construire avec un assistant qui n'est pas là « pour les plots »
- Valoriser ce que le joueur fait de bien : le point faible devient un bonus, le point fort n'a jamais le droit de devenir moyen ; le réflexe français de pointer ce qui ne va pas comme frein au développement, et la confusion entre ambition et arrogance
- L'optimisme comme méthode : « on va le faire », répété depuis février alors que l'équipe n'était même pas qualifiée ; et la force de reconnaître ses erreurs devant le groupe
- Un collectif éparpillé : pas de centre national, des joueurs de Strasbourg à Bordeaux, des mini-stages avant chaque compétition, et le dialogue permanent avec les clubs et leurs staffs
- Gérer la charge de joueurs récupérés épuisés : questionnaires déclaratifs, retours médicaux quotidiens, et le rôle central du préparateur physique
- Le style à la française : arrêter de copier les Serbes, composer avec ses individualités, garder le ludique à tous les âges ; l'anecdote des entraineurs japonais de judo : « vous jouez, nous on fait la guerre, et vous nous battez »
- Les formations qui marquent : la gestion de crise avec les négociateurs du GIGN (questions ouvertes, ne jamais dire « je te comprends »), et l'intelligence artificielle qui arrive dans un métier fait à 99 % de relationnel
Lexique
- Basket 3x3 : la discipline olympique issue du streetball : demi-terrain, trois contre trois, un roster de quatre joueurs qui jouent tous, une balle spécifique, souvent en extérieur. « Du basket autrement » : mêmes fondamentaux que le 5x5, mais chaque erreur est punie immédiatement.
- World Tour : le circuit professionnel de référence du 3x3 mondial, enchaîné immédiatement après les Jeux de Paris.
- Sparring : l'un des trois statuts de la préparation olympique : partenaire d'entrainement indispensable au groupe, mais sans aucune chance d'aller aux Jeux. L'annoncer clairement d'entrée fait partie du travail du sélectionneur.
- Coach de coach : l'accompagnement individuel de l'entraineur mis en place par le plan coach de l'ANS : un regard extérieur qui challenge les décisions, conseille sur la communication et aide à préparer les échéances.
- Plan de jeu (ou projet de jeu) : le cadre collectif dont on ne sort pas, même dans la difficulté. À Paris, c'est le respect de ce cadre par les quatre joueurs qui a fait la différence, plus que la stratégie elle-même.
- Orientations techniques : le document que chaque sélectionneur remet chaque année à la direction technique nationale : les tendances de la discipline et le tronc commun qui aligne les U21, U23 et seniors sur une même philosophie.
- Skill trainer : l'entraineur individuel privé que les joueurs s'offrent désormais en parallèle du club : le symbole du basculement de l'entraineur-roi vers l'athlète au centre, devenu une entreprise qui s'entoure.
- Être coachable : la capacité d'un joueur à accepter les retours et à rester dans le cadre : un critère d'observation majeur de Karim, qui regarde le langage corporel autant que le niveau basket.