Frédéric Marcérou a passé 9 saisons dans le rugby professionnel, des Dragons Catalans à l'Union Bordeaux-Bègles, avant de tout quitter pour créer son entreprise de consulting et de formation des préparateurs physiques. Au menu de cet épisode : le velocity based training expliqué de fond en comble, la juste place des GPS, et l'art d'installer sa philosophie dans un vestiaire sans le braquer.
L'invité
Préparateur physique depuis 2007, Frédéric Marcérou s'est formé à STAPS Montpellier et a fait ses armes trois ans en salle de sport privée tout en officiant dans son sport de cœur, le rugby à 13. Le professionnalisme arrive avec 4 ans aux Dragons Catalans, où il devient responsable de la préparation physique en Super League, puis 5 ans à l'Union Bordeaux-Bègles, en charge de la musculation d'un effectif de 50 joueurs du Top 14 aux côtés de Christophe Urios.
Il y a un an et demi, il a quitté le milieu professionnel pour vivre à la campagne et se consacrer à son entreprise, Coaching Club : du consulting pour les clubs et les fédérations, de l'entrainement en présentiel qu'il refuse d'abandonner pour le coaching en ligne, et un mentorat qui accompagne les préparateurs physiques sur leurs vraies problématiques de terrain, du conflit avec un athlète à la négociation du contrat avec le président.
Le sponsor
Cet épisode est sponsorisé par le Labo RNP, la formation qui rénove l'univers de l'entrainement avec les dernières recherches en neurosciences. La reprogrammation neuro-posturale est un système de référence dans l'évaluation et l'entrainement individualisé du sportif ; Julien l'a lui-même suivie auprès de Romain, Adrien et Sébastien.
Les grands thèmes abordés
- Le préparateur physique est d'abord un entraineur : tout part de la discipline et des séances des coachs, jamais l'inverse ; sa frustration du coaching en ligne où il programme à l'aveugle
- Faut-il avoir pratiqué le sport qu'on prépare ? L'analyse de l'activité, aller voir les entrainements et en faire soi-même ; et l'avantage culturel, ce temps d'avance de celui qui vient de la discipline
- Changer une culture sans tout révolutionner : son plan à 3 ans signé en arrivant à Bordeaux (d'abord la structure de séance, puis la maîtrise des polyarticulaires, enfin les capteurs), et pourquoi il n'a pas démarré comme aux Dragons
- Les pros ne sont pas des amateurs : laisser les rituels (les biceps du jeudi faits devant tout le monde plutôt qu'en cachette), discuter les habitudes plutôt que tout contrôler, la leçon de ses débuts
- Les capteurs de puissance passés en revue : senseurs inertiels, transducteurs linéaires type GymAware, laser, et les applications caméra sur téléphone qui sont, pour lui, le futur
- Ce que le VBT change vraiment : objectiver l'invisible (la même barre déplacée plus vite), l'autorégulation au jour le jour, l'engagement démultiplié par le score affiché, et le suivi sans sacrifier de séances de test
- Son organisation à Bordeaux : les capteurs sur les gros exercices seulement, en rotation entre les cages, et le jour d'efforts dynamiques suivi toutes les semaines ; pourquoi il ne s'en servait pas sur l'haltéro des rugbymen
- La barre à 80 % : son outil de « test sans tester », une gamme montante régulière dont la vitesse raconte la progression et même la fatigue du jour
- Les GPS sans dictature : partir de ce que la compétition exige, construire un référentiel des exercices du club, anticiper la charge de la semaine, et négocier avec les coachs plutôt que sortir les joueurs au quota
- L'anecdote de la saison sans GPS aux Dragons Catalans : le choix assumé des marqueurs perceptifs, zéro blessé sur les trois derniers mois et une demi-finale de Super League
- Le piège de la loupe : chercher dans une donnée unique l'explication d'une victoire, d'une défaite ou d'une blessure
- Coacher quand on est introverti : gagner le respect par la correction technique, le spot et la réactivité (une solution au tableau en 30 secondes), les trois niveaux de discussion selon l'âge du joueur, et la barrière qu'il choisit de garder avec le groupe
- Son marqueur de fatigue le plus fiable : la qualité de son anglais en séance
Lexique
- VBT (velocity based training) : piloter la musculation par la vitesse d'exécution de la barre plutôt que par des pourcentages fixes : la qualité du mouvement décide de la charge, de l'arrêt de la série ou de l'exercice.
- Capteur de puissance : l'outil qui mesure vitesse et puissance d'un mouvement : senseurs inertiels accrochés à la barre, transducteurs à câble, laser ou simple caméra de téléphone.
- GymAware : le transducteur de position linéaire considéré comme la référence : un câble, un correcteur d'angle, et l'étalon auquel toute nouvelle marque compare sa fiabilité.
- Autorégulation : la vitesse associée à un pourcentage de charge reste stable dans le temps pour un individu : elle permet d'ajuster la barre à l'état de forme du jour au lieu de subir un pourcentage théorique.
- Velocity loss : le seuil de perte de vitesse qui déclenche l'arrêt de la série : un moyen de doser précisément la fatigue générée, par exemple pour ne pas courbaturer un combattant avant sa séance de MMA.
- Tester sans tester : suivre la progression sans sacrifier de séance : une barre repère autour de 80 %, trois répétitions à intention maximale de vitesse, et une baseline qui se construit au fil des semaines.
- Jour d'efforts dynamiques : la séance force-vitesse de fin de semaine (sauts en trap bar, développé couché en vitesse, projections de medecine ball) : le terrain de jeu privilégié des capteurs.
- Référentiel GPS : la bibliothèque interne du club : pour chaque exercice type, ses distances, sa haute intensité et ses accélérations moyennes, afin d'anticiper la charge d'une séance dès sa conception.
- Mentorat : la formule de formation choisie par Fred : du contenu et des webinaires, mais surtout un appel mensuel où chacun expose sa problématique de terrain et repart avec des pistes concrètes.