Ils ont accompagné toute la saison 3 du podcast : JP Fuenzalida Lorca et Didier Mounoud, les fondateurs de Performance Skills, prennent enfin le micro. Un hors-série qui revient au cœur du métier, l'éducation sportive : comment former des sportifs accomplis et surtout des humains épanouis, ce qu'on oublie trop souvent au profit du score du week-end.
Les invités
JP Fuenzalida Lorca est consultant en psychologie du sport et de la performance, formé aux États-Unis où il a aussi passé ses diplômes d'entraineur de hockey. Né au Chili, grandi en Suisse, passé par plusieurs pays et une quinzaine de sports, il accompagne des athlètes de 9 ans jusqu'aux professionnels en fin de carrière, et poursuit un doctorat.
Didier Mounoud est ingénieur de formation et entrepreneur depuis plus de 15 ans, passé par la banque, le recyclage, l'éducation et l'événementiel. Ancien nageur puis hockeyeur reconverti au golf, il a monté un mouvement junior de golf passé de 7 à 38 jeunes en un an et demi, et entraine des U13 au hockey. Ensemble, ils ont créé Performance Skills : un programme de développement par compétences, holistique, pensé en complément des filières fédérales, avec un slogan : créer des habitudes.
Les grands thèmes abordés
- La naissance de Performance Skills : le constat que tous les programmes fédéraux raisonnent en « à tel âge il faut savoir ça », alors que le développement humain est organique ; un curriculum par compétences plutôt que par âge
- La pyramide plutôt que la tour : élargir la base d'un jeune athlète avant de spécialiser, au lieu d'empiler comme au Jenga en retirant des pièces du bas ; et si la spécialisation n'arrive jamais, la base sert pour toute la vie
- Créer des habitudes : sommeil, nutrition (l'anecdote du jeune qui sort une barre chocolatée au trou 12 et ne comprend pas pourquoi il craque), éthique de travail ; « l'habitude ne fait pas bon ménage avec la consommation »
- Maîtriser la variabilité plutôt que la consistance : chaque situation de jeu est unique, la structure rigide produit des réactions apprises, et le champion est celui qui trouve la réponse créative qu'on ne peut pas entrainer
- Apprendre à apprendre : le parallèle avec l'école, où l'on juge la note sans jamais aider l'élève à identifier comment il apprend ; et le débrief saucissonné d'un parcours de golf à la place du destructeur « tu as fait combien ? »
- La réussite commence par le pourquoi profond : la vision avant la stratégie, et l'histoire de Didier, défenseur créatif bridé par les consignes, « né 20 ans trop tôt » pour le hockey d'aujourd'hui
- Le support network : parents, coachs, partenaires et adversaires ; la relation tripartite athlète, parent, coach, et la gestion émotionnelle qui incombe aux adultes référents tant que la maturité cérébrale n'est pas là
- Embarquer les parents plutôt que les écarter : leur apprendre à segmenter la performance, et mesurer la réussite au sourire retrouvé de l'enfant, à l'école comme sur le terrain
- L'inconfort comme méthode : « je t'interdis de te débarrasser du puck », apprendre dans la zone où l'on n'a pas envie d'aller, valoriser la tentative, et l'adversaire qui se souvient de toi comme vraie mesure de progression
- Entrainer un état plutôt qu'une technique : la recherche du flow, et les émotions comprises comme de l'énergie en mouvement à utiliser plutôt qu'à éteindre
- Les tests comme photo, jamais comme identité : la psychologie positive, travailler d'abord sur les forces, et la distinction qui libère : « ta performance doit être parfaite, toi tu n'as pas à l'être »
- Les late bloomers sacrifiés : jusqu'à la puberté, les « meilleurs » sont surtout en avance ; le tri précoce détruit des possibles, et la psychomotricité permet de remettre les bases à tout âge
- La créativité vient des contraintes, et l'excellence de la somme des différences : le copycat assumé des Américains, la liberté culturelle à offrir aux athlètes, et des coachs venus du monde entier
Lexique
- Approche par compétences : structurer la formation d'un athlète par blocs de compétences à acquérir selon sa maturité, et non par âge : l'âge ne détermine pas la compétence.
- Approche holistique : considérer l'athlète en entier : motricité, tête, nutrition, sommeil, environnement social ; on peut apprendre le golf avec un coach de tennis pour la coordination ou une prof de danse pour le tempo.
- Habitude : le cœur du programme : ce qui reste quand la carrière s'arrête. Elle se construit par un pourquoi fort, une mesure des progrès et de la répétition, jamais par la contrainte.
- Support network : le réseau qui entoure l'athlète : parents, coachs, partenaires, compétiteurs, fédération. Apprendre à interagir avec lui et à en tirer une boucle de feedback fait partie de la formation.
- Assessment : l'évaluation régulière qui photographie où en est l'athlète. « C'est une image de toi, ce n'est pas toi » : le score ne définit jamais la personne.
- Late bloomer : l'athlète à maturation tardive, écarté par le tri précoce alors que les « meilleurs » de 12 ans sont souvent juste en avance physiquement.
- Flow : l'état d'implication totale dans la tâche que les Américains cherchent à entrainer en tant que tel ; sa première condition est d'être réellement impliqué dans ce qu'on fait.
- Zone d'inconfort : là où l'apprentissage se produit : accepter de perdre, de rater, de jouer la situation qu'on n'aime pas, pour se construire des réponses plutôt que des réactions.